Des jeunes sacrifiés, des retraités épargnés ? L’équité entre générations divise les économistes

25 août 2026 | Actualités

À l’approche des débats budgétaires et de la campagne présidentielle, la question de l’équité entre générations revient au premier plan. Niveau de vie, retraites, dépenses publiques, patrimoine et fiscalité : deux économistes proposent des lectures différentes de la situation.


Faut-il considérer que les retraités sont aujourd’hui mieux protégés que les jeunes générations ? Ou faut-il au contraire dépasser les comparaisons par âge pour regarder les revenus sur l’ensemble de la vie ?

Hippolyte d’Albis, professeur à l’Essec Business School, et Maxime Sbaihi, directeur stratégique du Club Landoy, confrontent leurs analyses sur ce sujet devenu central dans le débat public.

i

Deux façons de lire les écarts entre générations

Pour Hippolyte d’Albis, il faut éviter de comparer uniquement les niveaux de vie à un instant donné. Il estime qu’il est plus pertinent de raisonner sur l’ensemble du cycle de vie et sur les revenus cumulés d’une génération à l’autre.

Selon lui, les générations récentes ont globalement bénéficié d’un niveau de vie supérieur à celui des générations précédentes, même si cela n’efface pas les difficultés rencontrées aujourd’hui par une partie de la jeunesse.

Maxime Sbaihi insiste au contraire sur le fait que le niveau de vie moyen des retraités est aujourd’hui proche de celui des actifs, alors qu’il lui était nettement inférieur dans les années 1980.

Environ 80 % C’était, dans les années 1980, le niveau de vie moyen des retraités rapporté à celui des actifs.
Près de 100 % Aujourd’hui, le niveau de vie moyen des retraités est proche de celui des actifs.

Retraites : protection légitime ou déséquilibre ?

Les retraites de base sont indexées sur l’inflation depuis les années 1990. Pour Hippolyte d’Albis, cette évolution a déjà réduit le pouvoir d’achat relatif des retraités et contribué à contenir le poids des retraites dans la richesse nationale.

Maxime Sbaihi considère au contraire que la protection du pouvoir d’achat des retraités a parfois conduit à réduire les marges de manœuvre sur d’autres dépenses publiques.

Un débat sur les priorités budgétaires L’enjeu ne porte pas uniquement sur les pensions. Il concerne aussi l’éducation, la recherche, la transition écologique, la santé et plus largement la manière dont les dépenses publiques sont réparties entre les générations.

Faut-il davantage solliciter les retraités ?

Maxime Sbaihi estime que les actifs supportent aujourd’hui une charge croissante et devront travailler plus longtemps sans garantie de bénéficier du même niveau de retraite que les générations précédentes.

Il plaide notamment pour faciliter les transmissions de patrimoine plus tôt dans la vie, afin que les jeunes générations puissent en bénéficier à un âge où elles en ont davantage besoin.

Hippolyte d’Albis considère lui aussi que les retraités devront probablement participer aux efforts futurs, mais il privilégie une approche fondée sur la progressivité des prélèvements et non sur l’âge seul.

60 % C’est la part du patrimoine détenue par les plus de 60 ans évoquée dans le débat. L’enjeu posé est celui d’une transmission plus précoce entre générations.
!

Un enjeu avant tout démographique

Les deux économistes s’accordent sur un point : la transformation de la pyramide des âges bouleverse le financement du modèle social.

La France compte aujourd’hui beaucoup plus de retraités qu’il y a cinquante ans, et la durée moyenne passée à la retraite a fortement augmenté.

5 millions C’était environ le nombre de retraités en France dans les années 1970.
18 millions C’est environ le nombre de retraités aujourd’hui évoqué dans le débat.

Cette évolution oblige à repenser l’équilibre entre cotisations, pensions, dépenses de santé, dépendance et solidarité entre générations.

À retenir Le débat ne se résume pas à opposer les jeunes aux retraités. Il porte surtout sur la façon de répartir l’effort collectif dans une société vieillissante, avec des actifs moins nombreux, une dette publique élevée et des besoins croissants en matière de retraites, de santé et de dépendance.
Les choix budgétaires à venir devront arbitrer entre protection du niveau de vie, équité entre générations et soutenabilité du modèle social.

Source :
Les Échos – Nathalie Silbert et Solenn Poullennec – 18 août 2026.
Article : « Des jeunes sacrifiés, des retraités épargnés ? L’équité entre générations divise les économistes ».